Interview réalisée par Eléonore Zunino dans le cadre de son mémoire, “La doctrine survivaliste dans un monde anxiogène: phénomène de mode ou anticipation sécuritaire?”

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Présentation du personnage !

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Tac-line est un créateur de contenu qui vient de commencer sur YouTube. 

Son but, offrir au citoyen des clés pour réagir correctement à des situations à risques comme les accidents de la route, les incendies, les agressions et toutes autres catastrophes susceptibles de se produire. Il évoque, à travers son expérience opérationnelle, le survivalisme. 

Qu’il développe à travers six univers, la philosophie, le secourisme, le sport, le combat, le matériel et l’indépendance. 

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D’où vient votre intérêt pour le survivalisme ?

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Au début c’était surtout pour moi de la curiosité vis-à-vis du monde qui m’entoure, comprendre comment l’eau arrive jusque dans nos robinets, que faire si jamais elle ne coule plus. Finalement, c’était plutôt un questionnement interne sur nos besoins et sur la mécanique du comment ils sont assouvis.

Étant issu d’une famille portée sur l’accumulation qu’elle soit alimentaire ou de matériels qui pourraient servir, j’ai naturellement été orienté vers des démarches de plus en plus proches du Survivalisme. Avec des principes comme le placard tournant développé par Vol West, un acteur majeur du domaine.

L’idée de se prendre en charge soi-même, m’a conduit vers des livres sur le sujet mais surtout beaucoup de contenu numérique (blogs spécialisés, YouTube etc). C’est donc un désir d’autonomie qui s’est développé petit à petit.

Ajoutons à cela mon expérience dans des métiers d’interventions et de secours (Sécurité privée, sécurité incendie, secouriste, pompier volontaire etc. )

Il s’agit de domaines possédant de nombreux liens avec le Survivalisme. Les possibilités accrues de tomber sur une situation compliquée nous poussent en tant que professionnel à développer des principes de gestion du stress, une bonne condition physique, une réflexion autour du matériel avec les principes d’EDC Every Day Carry² ou ce que l’on porte sur soi chaque jour que nous avons finalement tous en commun.

C’était donc une envie d’optimisation, d’être meilleur et plus performant dans ce que je fais, absolument pas l’idée de vivre dans un bunker pour survivre à une attaque extraterrestre.

Le but étant de ne pas être un poids mort pour la société lors de situations compliquées mais plutôt d’être un citoyen actif qui sait se prendre en charge par lui-même. Une personne qui s’aide pour pouvoir aider les autres.

Le Survivalisme est très large et permet de s’intéresser à beaucoup de choses, ce qui est très stimulant.

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Est-ce que votre recherche d’autonomie vient aussi d’une prise de conscience sur l’état de la société, la surconsommation, etc ? 

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Pour moi, il ne s’agit pas d’une prise de conscience de ce genre. C’est plutôt une démarche personnelle à mon propre niveau.

De par mes métiers, à partir du moment où la mission commence, si j’oublie un item je ne peux pas retourner chez moi le chercher, je dois faire sans et parfois pendant bien plus que huit heures dans des conditions difficiles (froid, neige, pluie etc.).

Donc cette recherche d’autonomie vise surtout à ne pas me mettre tout seul en difficulté et par extension, impacter les collègues. En effet, si je ne prends pas tel ou tel chose, cela va peut-être créer une fatigue plus importante et donc une baisse de vigilance ce qui m’empêchera d’être performant. Si je bosse moins bien, cela va créer une surcharge de travail pour ceux qui m’entourent ou une baisse de confort pour ceux qui devront me prêter de l’équipement. Et c’est justement ce que je tente d’éviter à travers mes démarches. On en revient toujours à l’envie de bien réaliser la tâche sur laquelle on travail grâce à l’anticipation.

Pour en revenir à la notion de société je me suis intéressé à son fonctionnement et comment elle arrive à créer de l’autonomie.

Comme beaucoup de personnes j’ai pu observer les logiques de flux tendus et les différentes fragilités voir non sens inhérents à ce système.

A noter que je tente de prendre du recul sur ce genre de problématique, car plus on s’intéresse à ce qui ne va pas dans notre monde plus on aura l’impression que les soucis sont présents et nombreux.

Inconsciemment on aura l’impression que ce genre de choses se produisent beaucoup plus souvent, tout simplement car, on inonde notre esprit avec ce genre d’informations en particulier.

Il faut se souvenir que notre société malgré son apparente fragilité n’a pas subi d’effondrement total. Elle est donc dans un sens forte et résistante.

Du coup il est intéressant de trouver le juste milieu et ne pas tomber dans le défaitisme ou dans l’idée que la structure étatique nous sauvera quoi qu’il arrive.

Je décide donc de me prendre en charge pour gérer par moi même les soucis que je pourrais rencontrer au cours de ma vie mais aussi aider les autres. Si l’état est capable de m’aider et le fait, tant mieux, si non ce n’est pas grave. C’est une façon de voir les choses très “self made men” que j’assume.

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Dans votre vidéo sur le Survivalisme vous parlez des différents archétypes de profils survivalistes, dans lequel vous situez-vous ?

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Je suis un peu à la croisée des chemins, dans le sens où je m’intéresse à tous les univers. Mais on va dire que si je devais en choisir un, ce serait le survivaliste contemporain à la Vol West ou Piero San Giorgio, l’individu axé sur l’autonomie. Beaucoup moins le Preppers² ou le Dark Preppers² même si j’emprunte certains concepts propres à leurs visions, qui sont intéressants dans ma pratique.

J’essaie vraiment d’être polyvalent, de gérer ce qui peut m’arriver au quotidien.

Par exemple, la perte d’un emploi, un accident de voiture.

Je trouve motivant et stimulant de me dire que mes connaissances et compétences pourront être mises en application au quotidien et ainsi venir en aide à quelqu’un. Je ne suis pas dans l’attente d’une hypothétique fin du monde.

Dans ma vidéo d’explication sur le Survivalisme j’essaie de rester objectif et de présenter les variantes du domaine de façons égales sans prendre parti pour l’une ou l’autre. Je tente aussi de rendre le tout accessible aux personnes qui ne sont pas du tout dans le domaine. En effet, il est très facile de tomber dans un jargon propre à la communauté et de parler de façon incompréhensible pour un néophyte en disant ok mon EDC² urbain est terminé, la je bosse sur mon BOB²pour me rendre sur ma BAD² mais j’ai quelques doutes sur la règle des 5C².

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Quelles ouvrages avec-vous lu sur le Survivalisme et ses influences ?

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J’aime beaucoup le travail de Vol West avec Rues Barbares, ainsi que son contenu numérique. Il y a aussi Piero San Giorgio qui a écrit plusieurs livres, Bruce D. Clayton et les autres auteurs des années 1970. Je passe beaucoup par les vidéos sur YouTube, les blogs et sites spécialisés également. Mais aussi par les formations que je fais en lien avec les métiers.

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Avez-vous une tendance politique et trouvez vous que le Survivalisme soit politisé ? Ou déborde-t-il les cadres politiques classiques, en ayant un discours sur l’urgence climatique, par exemple ?

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Personnellement, c’est aussi ce que je retrouve dans la branche des nouveaux survivalistes c’est une perte d’intérêts vis-à-vis de la politique.

Je me considère comme apolitique et je n’ai pas forcément envie de l’évoquer dans mon travail.

Il y a bien entendu des problématiques sur le survivaliste d’extrême droite facho etc. Mais je reste en retrait vis-à-vis de cela. Je ne me considère pas comme tel.

La politique ne m’intéresse pas car, je trouve qu’il y a une déconnexion entre le citoyen et le système ; beaucoup de personnes semblent perdues.

Il y a la génération de nos parents, qui était très portée sur la politique, mais la nôtre semble plus éloignée.

Finalement, ce qui m’intéresse c’est plutôt l’échelle du microcosme, celle du quartier, de la ville, parce qu’on peut avoir des interactions plus tangibles et concrètes avec les personnes. C’est d’ailleurs aussi pour cela que j’interviens sur YouTube et les autres réseaux sociaux. On a directement un retour de la part des personnes qui regardent notre travail.

On voit directement notre impact, alors que ce n’est pas le cas quand on note un nom sur un papier et qu’on le met dans l’urne sans vraiment comprendre la complexité du système.

Oui j’aime la simplicité.

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Vous préparez-vous à certains risques en particulier ?

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Je me prépare à des risques qui sont les plus probables de survenir au cours de ma vie,

Accident de personnes, incendies, agressions, perte d’un emploi, maladie, attentats, catastrophes naturelles ou technologiques etc.

Aujourd’hui je peux très bien sortir, tomber dans l’escalier et me casser une jambe, cela voudra dire passer du temps à l’hôpital, avoir des frais médicaux, donc la gestion financière, mais aussi le secourisme devient vite très important, pour moi, mais aussi pour les autres. Par exemple, si j’arrive sur un accident, c’est une bonne chose de pouvoir réagir et d’aider.

Ce qui m’a vraiment fait prendre conscience de l’importance du secourisme (bien entendu, il y a plein d’autres domaines intéressants à aborder), c’est une anecdote que j’ai eue lorsque j’étais en formation, l’une des premières que j’ai faite. C’est le Premier secours civique de niveau 1. On y a appris la méthode de Heimlich, une technique utilisée lorsqu’une personne s’étouffe et ce geste on l’apprend en quelques minutes, il peut sauver la vie de quelqu’un.

Pendant cette formation une personne d’une cinquantaine d’année c’est effondrée en larmes, il nous a expliqué que sa sœur, durant un repas de famille s’est étouffée et que personne n’était en mesure de pratiquer cette technique, elle est donc décédée sans que personne ne puisse l’aider. C’est le genre d’histoire qui marque et fait prendre conscience des choses.

Ce ne sont pas forcément des événements énormes auquel je me prépare, Ce n’est pas tout de suite Tchernobyl ou la guerre mondiale. On se prépare à des choses qui peuvent arriver à notre niveau puis, petit à petit envisager des évènements plus larges et plus importants.

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Vous avez commencé une chaîne YouTube, beaucoup de survivalistes partagent leur expérience et leurs connaissances. Avez-vous une opinion sur le fait que les survivalistes, en général, on ce besoin de partager, et pourquoi vous, personnellement, avez-vous eu envie de le faire ?

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Cela fait une dizaine d’années, que je regarde plusieurs survivalistes qui partagent leurs idées et leurs conseils. Quand on se lance dans le domaine, on s’aperçoit que c’est très vaste, on est souvent un peu perdu au départ.

Le partage permet de voir des gens qui ont déjà fait des erreurs, mais aussi qui ont des astuces et de belles idées. C’est un gain de temps et ça nous permet de développer des choses auxquels on n’aurait pas forcément pensé tout seul dans son coin.

La volonté de partage m’a aussi donné envie de me lancer, je me suis dit que cela faisait un moment que j’étais dans le milieu survivaliste, j’ai appris énormément de choses, aussi par le côté opérationnel de ma vie, donc j’ai voulu apporter ma pierre à l’édifice.

Ce milieu n’est pas compétitif, dans le sens où il n’y a pas une hiérarchie, on n’essaie pas de se voler des abonnés, c’est plutôt de la collaboration, une relation gagnant-gagnant.

Donc finalement, plus on est nombreux à partager mieux c’est.

C’est un peu comme dans le tir sportif, beaucoup de survivalistes en font et en parlent, plus il y a de personnes qui en parlent et moins on est considéré comme des individus fous furieux et borderline.

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Avez-vous constaté que le Survivalisme soit très présent dans le milieu des forces de sécurité ?

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Effectivement, il y a une culture sous-jacente du Survivalisme dans ce domaine, la particularité c’est que les professionnels de l’intervention ne vont pas forcément qualifier leurs actions de Survivalisme, mais simplement de préparation, de maintien en condition opérationnelle ou juste de bon sens.

Dans ce genre de milieu, on est obligé de faire du sport, de maintenir ses acquis et ses compétences et on est obligé de toucher à beaucoup de domaines. Aujourd’hui, on a une armée, des pompiers et des services de sécurités professionnels, ce n’est pas comme beaucoup l’imaginent les plus débiles qui vont s’engager là dedans.


Le survivaliste va se demander comment faire pour réparer son véhicule, avoir assez d’eau et gérer sa propre logistique. Ne pas avoir froid, ne pas finir trempé. Ce sont des réflexions qui se retrouvent au cœur des métiers de l’intervention.

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Les logiques d’anticipation sont présentes aux niveaux des États, mais l’anticipation survivaliste est parfois mal perçue. Avez-vous une explication ?

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Le meilleur survivaliste c’est l’État dans le sens où il cherche à protéger sa population et à résister à des situations de tensions, dans le cas du Covid 19, il a fait preuve de Survivalisme en essayant de gérer les stocks de masques et autres.

Il fait également preuve de qualités survivalistiques au quotidien en gérant les services de santés, les pompiers, son armée etc. Il répond à plus grande échelle aux besoins inhérents à la pyramide de Maslow². C’est également ce qui ce fait mais à l’échelle individuelle dans la mouvance.


L’Etat recommande d’avoir chez soi de la nourriture et de l’eau mais, il faut les chercher, on n’en parle pas assez. Ce n’est pas mis en avant contrairement aux émissions sensation sur certains personnages extrêmes qui naturellement suscitent plus d’intérêts. On en revient au phénomène freak show dont je parle dans ma vidéo.

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Vous parliez de la souffrance comme moyen d’évoluer et de progresser, cela semble proche du concept d’anti fragilité de certains survivalistes.

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C’est un principe que je retrouve dans mon milieu professionnel mais aussi dans le sport. La souffrance est un moteur de changement. Au niveau neurologique, une douleur ou un stress va engendrer une réaction. Tout comme faire du sport engendre un stress sur l’organisme qui va naturellement créer du muscle ou un meilleur cardio pour que ce stress puisse devenir confortable et donc disparaître.

C’est dans une situation d’inconfort et de fatigue qu’on va pouvoir voir ce qui est réellement acquis de ce qui ne l’est pas encore.

On en vient à la notion de drill², répète encore et encore un geste pour qu’il devienne naturel, quand dans le secourisme on passe un PSC1² ou que l’on apprend comment intervenir sur un incendie sur des diapositives, on est dans une pièce confortable alors que dans la réalité on doit gérer le froid, la nuit, des personnes paniquées, un équipement qui casse etc.

Il y a donc une différence entre ce que l’on peut apprendre sur Internet et la réalité.

Beaucoup de personnes consomment des vidéos de survivalistes à la manière d’un divertissement.

Il faut faire attention à ne pas s’imaginer maîtriser une compétence simplement parce qu’on as vu quelqu’un nous l’expliquer. Pour la maîtriser, il faut se faire violence et driller. Pour que même en situation de souffrance, on puisse la reproduire.

Sortir de sa zone de confort permet d’apprendre plus vite, notre corps peut accélérer le processus d’apprentissage pour survivre. C’est facile d’expliquer un concept en vidéo, mais ne on sait si l’on a vraiment acquis la compétence que lorsqu’on arrive à la mettre en place dans une situation difficile.

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Avez-vous une opinion sur la diversité dans le Survivalisme, comment des personnes très différentes s’y intéressent ?

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Le Survivalisme c’est très large, il y a énormément de choses à gérer donc les personnes vont s’orienter en fonction de leurs centres d’intérêts, de leurs préférences et de leurs affinités.

Autant quelqu’un qui parle de cultiver des plantes peut l’aborder d’un point de vue survivaliste autant c’est aussi le cas de quelqu’un qui parle arme à feu. C’est un domaine pluridisciplinaire qu’on peut aborder de multiples façons.

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Les armes à feu font polémiques, surtout en France, une personne qui parle des armes est souvent perçue comme dangereuse. Avez-vous un avis à exprimer sur ce sujet ?

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Les armes c’est vaste. Elles font échos à nos besoins primaires. Chasse et défense

Je suis tireur sportif, le domaine des armes à feu je le côtoie régulièrement. Et je dois faire face à beaucoup de fantasmes, d’idées reçues et d’ignorance.

Je m’intéresse également aux autres domaines du tir (chasse, ball trap², TSV², TLD², TAR², tirs trois armes² etc.)

Si on prend l’exemple de la chasse on retrouve l’argument que c’est cruel par rapport à l’animal et j’ai eu le cas de gens qui me disent cela en mangeant un McDo,

On se retrouve avec cette dissonance cognitive entre la personne qui est en train de manger un animal qui a été torturé, mis à mort et qui a vécu dans des conditions terribles et qui te dit que c’est cruel d’aller dans la nature de dépenser de l’énergie et du temps pour tuer de façon bien plus nette et propre l’animal que celui qui se trouve dans son burger. On a là un peu un côté déni ou l’on refuse de voir le processus qui à mené à la création de ce que l’on tient entre les mains et que l’on mange.

La chasse d’un point de vue survivaliste est une prise en charge de ses propres besoins avec l’idée de « si tu veux de la viande, va la chercher toi même. »

On retrouve souvent la fameuse réplique, « mais tu n’a pas besoin de chasser. Je le comprends dans un contexte de survie, mais là, pas besoin. » C’est encore une fois, faire abstraction du fait que chasser n’est pas simple et qu’il faut maîtriser énormément de principes. Pistage, traque, gérer son fusil et sa balistique, connaître l’animal et comment il fonctionne, transformer ce dernier en viande que tu pourra manger etc. Ça ne s’improvise pas une fois que tu es en situation de survie.


Quelque part, c’est facile d’être dans une société de consommation comme la nôtre où l’on n’est pas obligé de chasser.

Quand on achète de la viande c’est quand même un animal qui est mort il a bien fallu que quelqu’un s’en occupe. L’action de chasse est simplement le fait d’assumer sa consommation et de ne pas laisser quelqu’un d’autre le faire pour nous.

On note aussi que la viande est nécessaire dans des milieux froids ou faire pousser des plantes devient très vite complexe.

Si on revient sur le tir sportif c’est un loisir, cela ne fait pas de nous des terroristes. Si c’était le cas ce ne serait juste pas légal de faire du tir. C’est tout simplement intéressant, fun et agréable de mettre en œuvre une arme pour tirer sur du papier.

En France, l’arme à feu fait peur, même dans les clubs de tirs avec les règles FFT² on voit très vite la psychose autour de l’arme. Holster interdit, aucune connaissance du bouger avec son arme. Aucune mobilité possible. On est très vite limité sauf que justement l’arme on doit bien la nettoyer chez nous et la mettre dans le coffre la déplacer, d’un endroit à un autre.

Donc apprendre à « vivre » avec elle est important pour éviter les accidents. À partir du moment où l’on gère les règles de sécurité, on maîtrise le risque. Le pistolet ou le fusil n’est pas dangereux de lui-même. Il n’est pas capable d’ouvrir le feu seul d’un coup. C’est toujours l’opérateur² du système qui l’anime.

De plus, faire du tir sportif implique un processus long, réfléchi et coûteux avec l’achat d’une licence de tir à renouveler chaque année mais aussi beaucoup de dépenses (coffre, armes, munitions accessoires) et surtout la possibilité d’être interdit de tir si on enfreint la loi. Résultat quand on est tireur on n’a pas du tout envie de ne plus pouvoir pratiquer donc on respecte la loi et on ne fait pas n’importe quoi pour ne pas être interdit de stand.

Les réglementations sont plus strictes d’année en année depuis les attentats. On est là sur un non-sens, on prend l’excuse du terroriste qui à tué avec de l’armement non déclaré et illégal pour restreindre les possibilités des tireurs sportifs.

Le criminel a le choix entre acheter son arme au marché noir donc l’avoir tout de suite pour quelques centaines d’euros avec l’option du tir automatique ou bien de faire six mois de tir aux plombs puis de devoir pratiquer avec de petites carabines en petit calibre pour enfin faire sa demande de catégorie B² et avoir son arme au bout d’un an après avoir payé la licence, la visite médicale, les plombs et munitions des premiers mois, un coffre fort, son arme plus chère qu’au marché noir et ses munitions.

Le choix est vite fait et explique pourquoi l’ak47 du terroriste n’est pas une arme de tir sportif.

Donc au final être tireur sportif ne fait pas de nous des fous furieux. C’est une passion comme une autre.

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Avez-vous une opinion sur les thèses de l’effondrement et la collapsologie²

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C’est intéressant de comparer leurs démarches et la mécanique qu’il y a derrière mais je ne suis pas vraiment versé dans la collapsologie. Sur les sujets à grosse échelle type effondrement économique je n’ai pas forcément les connaissances, ni le temps de m’y intéresser d’avantage. Il s’agit plus de curiosité intellectuelle de ma part.

Comme dit je travaille plutôt dans un microcosme que dans le macrocosme.

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Des chercheurs parlant du Survivalisme, évoquent chez les survivalistes un désir de catastrophe pour prouver qu’ils ont raison, avec l’idée que ce sont eux les meilleurs et que les autres vont mourir. Avez-vous quelque chose à déclarer à ce sujet ?

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A la base beaucoup de survivalistes aspirent à plus d’autonomie et désirent simplement en parler autour d’eux.

Quand ils rencontrent des personnes qui n’acceptent pas leurs idées ou qui les regardent un peu comme des personnages étranges et loufoques cela peut vite créer un sentiment de rejet et donc du mal être. Un sentiment d’incompréhension.

En réaction à cela, certains vont nourrir l’idée qu’en cas d’effondrement ils pourront montrer qu’ils ont raison et seront donc de nouveau acceptés par les autres. Ce qui engendre un désir que la catastrophe arrive.

Cela revient à ce besoin d’être accepté par la communauté, si on parle à des gens d’un sujet qui nous passionne et qu’ils nous regardent comme si nous étions des fous, forcément ça crée de la frustration qu’il va falloir évacuer d’une façon ou d’une autre.

Surtout que le rejet est lié à une peur inconsciente et ancestrale celle de finir seul et donc sans l’aide des autres, de mourir.

Tout ceci peut expliquer certaines dérives comme dire « qu’une pandémie serait une bonne chose ».

Souvent, les personnes qui sont très axées sur l’effondrement ne sont pas dans la même optique que le Survivalisme. Et c’est là qu’on constate la différence entre un survivaliste et un Preppers².

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Pensez-vous que les émissions de survie et les films apocalyptiques ont contribué à faire connaître le Survivalisme, à le démocratiser et à amener des gens vers ce mouvement ?

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Je pense que ça a effectivement, amené des gens vers le Survivalisme mais, surtout créé une vision complètement biaisée de la survie, notamment avec les films de zombies.

La réalité est complètement différente. Ce sont des films qui ont été scénarisés pour plaire au public. Il faut bien garder en tête qu’il s’agit de divertissement.

Tout y est plus captivant, plus épique et incroyable.

Quand on se confronte au concret et donc au terrain c’est parfois compliqué. Donc oui effectivement ce genre de contenu à ouvert une porte sur le domaine, mais il faut faire attention de ne pas perdre le sens des réalités et de ne pas se laisser bercer par le fantasmagorique.

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Etes-vous d’accord lorsque l’on dit que « le Survivalisme est une culture de l’artisanat, qui encourage la créativité ? »

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Effectivement, c’est ce retour au Do It Yourself², faire avec ses mains, apprendre à réparer des choses, gérer soi-même au lieu de simplement acheter un nouvel outil, qui provoque une émulation mentale ou l’on va chercher à comprendre comment les choses fonctionnent.

Cette culture du système D² va créer un terrain propice à la créativité.

On renoue également avec les anciennes valeurs de l’hébertisme² qui prône le retour aux métiers manuels et à l’artisanat.

Finalement, la quête de simplicité très souvent évoquée dans le domaine du Survivalisme mène à une reconnexion avec le réel ou l’on vient créer, trouver et mettre en place des solutions et donc laisser notre créativité s’exprimer pleinement. Au lieu de s’en remettre à la production d’autres personnes et donc « acheter » la solution à notre problème.

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Une des autres idées sur le Survivalisme est que c’est un retour en arrière puisqu’il reprend des savoirs ancestraux. Pour Patrick Baronnet, « ce n’est pas un retour en arrière mais s’inspirer des anciens en faisant quelque chose de nouveau. »
Avez-vous une opinion ?

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C’est une notion qui est très intéressante.

Ce qui est important pour beaucoup de survivalistes c’est d’avoir un niveau de technologie le plus bas possible, c’est l’idée d’enlever de la complexité pour simplifier, et donc comprendre puis maîtriser.

Plus un objet est complexe et moins il est facile à mettre en œuvre et à maintenir opérationnel sur la durée. On recoupe avec la notion d’entropie, notamment dans des situations difficiles, lorsque l’on n’a pas les ressources nécessaires, ou dans une situation de stress.

Tous le monde n’est pas capable de réparer son smartphone et si le réseau disparaît, on ne peut pas non plus intervenir dessus.

Donc les survivalistes cherchent une technologie qui peut donner le même résultat en étant plus simple, c’est pour cela que beaucoup travaillent sur les radios car c’est un système plus facilement réparable et maîtrisable.

Bien entendu cette recherche de simplicité n’empêche pas l’usage de technologies très complexes. Le but ici est simplement de pouvoir offrir une solution si cette dernière venait à subir une avarie.

On est donc ici plutôt dans un mélange entre passé et présent.

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Pensez-vous que le retour à la terre peut aussi être vu comme étant une réaction aux tendances transhumanistes ?

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Je pense que le retour à la terre est une réaction face à notre société devenue tellement complexe que les gens ne comprennent plus clairement son fonctionnement. Beaucoup ont le sentiment d’être dépassés par le système.

La notion de phobie administrative se fait de plus en plus présente.

Le retour à la terre permet de se recentrer sur des choses tangibles qu’on peut comprendre et appréhender.

Il s’agit d’une sorte de reconnexion avec la nature et nos ancêtres..

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Quel regard portez-vous sur la crise sanitaire et observez-vous de ce fait un plus fort intérêt général pour le Survivalisme ?

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Effectivement, à mon niveau, plusieurs personnes sont venues me voir pour me demander des conseils par rapport à la situation.

Mais j’ai l’impression qu’il s’agit plus d’un intérêt de circonstances que de fond.

La situation à éveillé des craintes.. Et pour se rassurer on vient demander des conseils à ceux qui connaissent un peu le domaine. C’est un bon début mais malheureusement beaucoup s’arrêtent là.

Ils s’intéressent un peu au sujet et regardent des vidéos, mais ils ne passent pas forcément dans le côté pratique.

Et pourquoi ? Parce-que c’est chronophage ; beaucoup n’ont pas le temps ni l’envie de faire cela..

Quoi qu’il en soit, le Survivalisme est de plus en plus visible et accessible. Ce qui est une très bonne chose.

Si nous arrivons à faire comprendre que le survivaliste n’est pas motivé par la peur d’un avenir incertain, mais par les notions de liens sociaux et de partage, d’entraide, ainsi qu’un désir d’être la meilleure version de soi-même, nous aurons déjà fait une grande partie du chemin.