Introduction

Parce que nous sommes tous différents, 

Chacun d’entre nous réagit plus ou moins bien en fonction du média utilisé. 

Certains préfèrent les images animées, d’autres lisent ou écoutent pour apprendre. 

Mon but à travers ces lignes ; transmettre des compétences qui pourraient un jour faire la différence. J’ai donc fait le choix d’ajouter ici le récit d’un jeune homme malchanceux en plus de mes deux vidéos sur le secourisme. 

Voici donc l’histoire de Simon. Sa mésaventure nous permettra de revoir ensemble les étapes du bilan. 

Chaque jour, Simon se rend au travail dans un Starbuck du centre ville. Il enfile sa tenue et enfourche sa trottinette électrique. Malgré les avertissements bienveillants de ses amis quant au danger de ce moyen de transport, les tracas du quotidien sont plus forts, il n’y pense jamais et roule sans casque la majeure partie du temps. 


Tôt le matin, lorsqu’il prend la route l’esprit encore embrumé, la vitesse et le vent qui caresse son visage procurent une sensation de bien-être à notre jeune serveur. L’esprit léger, il se dirige à toute allure vers son lieu de travail, sentant presque déjà les mochas et autres expressos parés de prénoms qui défileront toute la journée.

L’accident.

Presque arrivé, il songe à l’avenir et s’imagine devenir le patron de son propre Starbuck. Le sourire béat d’ambition, ses pensées sont interrompues par le choc d’une voiture qui heurte son flanc.


Lorsque ce dernier s’éveille, il est allongé sur le macadam froid, sous le choc, ses yeux reflètent le feu rouge qu’il vient de griller par inattention. Le son est étouffé, ses pensées sont troubles et peinent à persister.

Impossible d’articuler quoi que ce soit, il se sent paralysé par le choc. Gisant sur le sol, sous un pâle soleil matinal, incapable de quoi que ce soit.

Non loin, dans une sorte de flou sonore, il entend vaguement un claquement de porte. La jeune femme, descendue du véhicule, s’approche de lui en enfilant son gilet jaune.

Elle observe tout avec attention, et analyse chaque détail du lieu de l’accident. “Où sont les dangers immédiats ?”

Simon a été projeté près du rebord du trottoir mais ne l’a pas heurté et n’est plus au milieu de la route. Le véhicule de la conductrice à continué son chemin vers le trottoir opposé, près d’un petit parc. Elle comprends donc qu’il n’y a pas de risque de nouvelle collision. Son véhicule ne semble que très légèrement abimé, la trottinette n’a pas glissé très loin et n’est plus sur la chaussée, ce qui la rassure quant à la réelle puissance de l’impact et sur la possibilité d’un second accident.

Sans s’en rendre compte, elle vient d’effectuer un bilan circonstanciel en cherchant à déceler de possibles risques d’aggravation de la situation pour elle, Simon, et d’autres automobilistes.

La jeune femme, que l’on nommera Justine se trouve donc complètement dans la phase de protection de la méthode P.A.S. (protège, alerte, secours). 

A partir de ce moment là, la pression que Justine ressent baisse. Elle retrouve petit à petit un rythme cardiaque plus ou moins normal, et va pouvoir s’occuper de Simon. 

L’action de secours.

En s’approchant de lui, elle enclenche le second bilan. Celui de l’urgence vitale qui se divisera en respiratoire, neurologique et circulatoire.

Du sang coule près du crâne de notre victime.

Elle profite des quelques mètres qui les séparent pour observer d’autres éventuelles blessures. Son coude semble déformé. Hormis cela, elle ne voit pas d’autres traces suspectes.

Simon baragouine quelques mots, permettant à Justine de saisir le fait qu’il n’est ni inconscient ni ne souffre d’une obstruction des voies aériennes. 

Elle enfile ses gants en nitrile² bleu pour se protéger ainsi que notre amoureux du café, avant de se pencher vers lui d’un air rassurant. 

“ Bonjour vous ! Je suis Justine de la voiture rouge qui vient de vous percuter ! Appelez moi Juju!

Vous arrivez à parler ? Tenez, serrez-moi les deux mains pour voir ! Mais ne tentez pas de vous relever, ne bougez pas la tête ! Ça pourrait aggraver la situation. Écoutez moi, répondez à mes petites questions et tout se passera bien.”

La douceur de Julie l’apaise.

Il parvient après quelques tentatives, à  lui répondre qu’il va bien. Il a par contre du mal à serrer du côté gauche et ressent des douleurs au crâne. 

Justine confirme effectivement une déformation du coude gauche. Elle l’écoute et vient bilanter les voies respiratoires. Il parle correctement sans bruits. Elle ne voit aucun signes anormaux, pas de tirage ni de difficultés à inspirer ou expirer. 

Elle l’informe de ce qu’elle est en train de faire puis réalise le nécessaire pour rechercher des cyanoses², des déformations au niveau des poumons, un balancement thoraco-abdominal², ou encore des sueurs.

Heureusement, rien de tout cela. Astucieuse, elle vient vérifier qu’il n’y ai aucune autre déformation ni saignement ni zones douloureuses sur le corps du jeune homme.

Se souvenant du bénévolat effectué pour la croix rouge quand elle était dans ses premières années de fac, elle s’offre même le luxe de prendre une fréquence respiratoire² grâce à la méthode FAR (fréquence amplitude régularité). Elle y avait encore repensé le matin même en se maquillant grâce à son fard à paupière. 

Tout en recherchant des signes suspects, Justine vient parler à la victime pour maintenir un contact. Elle apprécie donc en permanence l’état de conscience du jeune serveur. C’est le bilan neurologique.

Elle note qu’il était conscient, désorienté lors des premières minutes de l’accident mais qu’il est de plus en plus orienté. Il sait où il se trouve, dans quelle ville et en quelle année. Il explique même à Justine le secret des petits dessins dans les tasses de cafés qu’on retrouve sur Instagram. 

Elle regarde le jeune homme dans les yeux en souriant et ce dit

 “Pupilles symétriques, non dilatées ni contractées, CHECK !”

Elle lui demande s’il pense avoir perdu connaissance lors de l’impact.

C’est à ce moment qu’un déclic se produit. Elle vient déposer sa veste sur la victime. Surpris, Simon lui demande comment elle a su qu’il avait froid? 

“Eh bien vous avez perdu un peu de sang, et le sang transporte la chaleur donc si vous en perdez, vous perdez aussi de la chaleur. Et puis en vrai le matin c’est vite frisquet “

Justine continue son bilan circulatoire en vérifiant la présence ou l’absence de brûlures, de saignements, de pâleurs ou de marbrures. 

Simon n’ayant pas manifesté l’envie de boire et ne semblant pas agité elle vient scribouiller quelques notes dans son petit carnet moleskine. 

Sous le poids du regard interrogateur de Simon, elle s’exprime : 

“Oh ne vous inquiétez pas ! Je note juste deux trois infos pour m’en souvenir ! Je suis tête en l’air et pas très réveillée ce matin ! Je vais téléphoner au SAMU vu que je ne suis pas médecin ! Ils pourront venir vérifier que tout va bien et j’aurai peut être même la chance de croiser de beaux sauveteurs ahahah “

Sur ces mots elle prend négligemment une TRC (un temps de recoloration cutanée)² puis vient glisser ses doigts sur les deux poignets pour vérifier le poul radial. 

La délicatesse du toucher rassure définitivement notre cascadeur du matin. Son sourire commence à revenir. 

“Bon mon ptit Simon, histoire de donner de bonnes infos aux secours, je peux vous poser quelques petites questions supplémentaires ?” 

Cette dernière termine sur un bilan complémentaire. Elle intervient donc sur chaque plainte en demandant si Simon sait par quoi son accident a été provoqué ; le choc directement ou le fait d’avoir frotté contre le sol. Si ça pique, tire, lance ou brûle. Elle note la région précise du corps sur son carnet de cuir. Elle continue par l’échelle de douleur de zéro à dix en ajoutant la question “depuis quand ?” et si les douleurs ont eu lieu à l’accident, avant ou après. 

L’appel.

Elle essaye de prendre connaissance d’éventuelles maladies, hospitalisation, traitement et allergies du jeune homme puis brandi un téléphone jaune et noir au look baroudeur. 

Elle compose le numéro et récite comme il faut son moyen mnémotechnique² ; “Je suis, je vois, je fais, je suis en mesure de, je demande.”. 

Elle informe de son numéro de téléphone et avec précision, de l’endroit où ils se trouvent tous les deux, mentionnant même le parc. Elle raconte les circonstances de l’accident et décrit qui est la victime de façon très rapide. Elle donne son bilan d’urgence vitale ainsi que son bilan complémentaire. 

Tout se déroule de manière très fluide puisque Justine à pris le temps de préparer un bilan correct. 

L’assistant régulateur² la remercie et lui confirme qu’une équipe est déjà en route car il vient de recevoir une alerte de la part d’un conducteur passant devant les lieux de l’incident. Malheureusement, ce dernier n’avait donné que la rue, en mentionnant une ou deux victimes sans aucune autre précision. Ils n’avaient donc aucune idée de ce qui était arrivé. Pire. La personne avait raccroché brutalement expliquant qu’il n’avait plus de batterie, terminant par “venez vite !”.

Justine s’assure de pouvoir raccrocher puis se tourne vers Simon. Son regard vide reste plongé dans les nuages. Un dernier souffle s’envole, il n’est déjà plus là.

Conclusion.

Attends voir, non ! Je me suis trompé de bouquin là ! Les ambulanciers sont arrivés une dizaine de minutes plus tard, prenant en charge les deux protagonistes de notre histoire. Quelques semaines plus tard, Justine allait déguster un café au Starbuck, servi par notre ancienne victime. 

Cette petite histoire sans prétention un peu plus proche de notre quotidien, vous aura permis de comprendre comment établir ce bilan.

J’espère que ce petit récit vous apportera encore plus de clarifications sur ce sujet. Parce que vous pourriez tous être Simon, comme Justine. Ne l’oubliez jamais. 

Pour plus d’informations : https://www.croix-rouge.fr/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Service_d%C3%A9partemental_d%27incendie_et_de_secours

Glossaire

https://ras-tacline.com/816-2/

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Article en lien avec la vidéo: Secourisme, bilan d’une victime.

Merci à vous, 

Merci également à Martial Guitteny pour sa relecture.  Merci à Clement Keller pour son intervention!

Et souvenez vous,    

Quelques minutes de notre temps peuvent en sauver des milliers ! 

Tac-Line.